Hebdo 01 - Pays de Gex - Bellegarde Hebdo 01 sur Facebook Flux RSS


2 242 enfants placés ou suivis dans l’Ain

  • De g. à d. : Agnès Bureau journaliste, Pascal Papé, Nathalie Chapon sociologue, Giovanni Vullot juge pour enfants et Agnès Gardon-Mollard responsable du service enfance-adoption du département de l’Ain.
  • De g. à d. : Agnès Bureau journaliste, Pascal Papé, Nathalie Chapon sociologue, Giovanni Vullot juge pour enfants et Agnès Gardon-Mollard responsable du service enfance-adoption du département de l’Ain.
Tel était le thème du colloque organisé par le Conseil Départemental et l’association Enfance et Famille d’Adoption (EFA), la semaine passée au centre festif de Ceyzériat. Toute la grande famille départementale de l’aide à l’enfance était présente. Devant un auditoire de 400 personnes, Pascal Papé, ancien capitaine de l’équipe de France de rugby, a témoigné de son parcours d’enfant placé, puis adopté.

Construire le parcours des enfants placés [pour qu’ils ne deviennent pas des errants]



Autrefois, on les appelait les gamins de l’assistance, puis plus tard, les enfants de la DDAS. Longtemps, ils ont été placés dans des familles dont le seul intérêt était de les utiliser comme main d’œuvre gratuite, survivance des pratiques agricoles. La loi a fort heureusement fait évoluer les choses. Et d’une situation peu enviable, le Département de l’Ain est passé à un statut de collectivité très soucieuse de l’intérêt et du devenir de ces enfants. C’est ce qu’a défendu avec vigueur Agnès Gardon-Mollard, responsable du domaine enfance-adoption du Département. Le témoignage de Pascal Papé a permis d’aborder les différents problèmes liés au placement des enfants, au cours d’une table ronde qui regroupait également une sociologue, Nathalie Chapon et un juge pour enfants, Giovanni Vullo. Très vite, il a été affirmé que la solution unique et magique n’existe pas, tant les situations sont variées et complexes et que chaque enfant est différent. En France, au contraire des pays anglo-saxons, la priorité reste, autant que faire se peut, le maintien du lien avec la famille biologique. Cela complexifie le traitement de chaque dossier. Face aux quelques critiques émises, Giovanni Vullo a expliqué que le juge ne pouvait qu’appliquer la loi, pas si mal faite, et que les lenteurs judiciaires étaient aussi garantes du respect des droits de l’enfant. Il a cependant avoué « on vit dans un dilemme, une contradiction permanente ». Nathalie Chapon a présenté les résultats d’une enquête qu’elle a menée avec une consœur et qui met en évidence que face aux traumatismes psychologiques vécus par les enfants au parcours chaotique, beaucoup de choses restaient encore à améliorer. Bien sûr, intervenants et participants se sont entendus sur la nécessité d’apporter de l’amour à ces « cabossés de la vie ». L’ancrage affectif de ces enfants est une priorité.



Thierry Clément : « nous sommes en manque de familles d’accueil»



En amont de ce colloque, le directeur général adjoint de la Solidarité au Département a bien voulu faire le point sur la situation dans l’Ain : 1 250 enfants placés actuellement, dont une dizaine de pupilles de l’État, et environ 1 000 autres suivis dans le cadre familial, chiffres en augmentation légère mais constante. 2 types de placement possibles : en familles d’accueil, qui sont un peu plus de 300 dans l’Ain, ou dans des établissements. Le Département gère directement la maison de l’enfance qui a des antennes à Bourg, Ambérieu et St-Martin-de-Bavel. C’est le seul établissement qui accueille des enfants de la naissance à la majorité, mais aussi des jeunes femmes enceintes ou mineures avec enfant. C’est aussi celui qui est chargé de mettre en œuvre les mesures d’urgence prises par les autorités judiciaires. Les autres sont des maisons d’enfants à caractère social, structures gérées par des associations, avec parfois des publics spécifiques. 1/3 des placements est de longue durée, car beaucoup de familles ont des difficultés à reprendre les enfants, à cause de problèmes psychiatriques ou liés à des dépendances. En ce qui concerne le suivi dans la famille, celui-ci est effectué par les services de l’Aide Sociale à l’Enfant (ASE) ou par un service de la Sauvegarde de l’Enfance, financée à cet effet. La Maison de l’Enfance emploie quelques 110 personnes et une centaine d’agents est affectée à la protection de l’enfance dans les Maisons Départementales de la Solidarité.



Familles d’accueil, témoignages croisés



Régis à Neuville-sur-Ain et Isabelle à Belley sont tous les deux familles d’accueil. Régis a commencé au printemps 2013 après un accident alors qu’il était chef de chantier. Il a failli partir en Afrique faire de l’aide humanitaire, mais finalement s’est investi dans l’aide à l’enfance dans le département. Avec son épouse, elle aussi agréée, ils accueillent 3 enfants. Depuis 1995, date de son agrément, Isabelle a déjà eu en charge une douzaine d’enfants, dont 4 actuellement. Elle bénéficie d’une dérogation pour le 4ème.



Les motivations qui vous poussaient à devenir famille d’accueil ? Régis : « ma femme était déjà famille d’accueil. Alors, des éducatrices m’ont convaincu et je me suis lancé ». Isabelle : « j’ai toujours aimé le contact avec les enfants. Ma maman avait accueilli un petit garçon, ça m’a marqué. Et je déteste l’injustice quand elle touche des enfants ».



Quelles compétences ou qualités vous paraissent-elles primordiales ? Régis : « il faut être tolérant, être à l’écoute, faire preuve d’esprit d’ouverture, et être capable de donner de l’amour ».  Isabelle : « il faut éviter de porter un jugement, rester positif. Ensuite, avoir en tête que l’enfant accueilli peut repartir à tout moment. Ce ne sont pas nos enfants, ils nous sont confiés, même si on ne peut pas s’empêcher de les aimer ».



Comment gérez-vous l’équilibre entre le travail et l’affectivité ? Régis : « il faut faire la part des choses. Il y a le côté administratif, les papiers, les relations avec les éducateurs, les règles à respecter. Et puis, il y a la vie de tous les jours avec le côté humain, des deux côtés ». Isabelle : « je garde en tête qu’on est là pour aider l’enfant mais aussi leur famille avec qui on doit essayer de créer un lien de confiance. Il faut le préparer à nous quitter, même si c’est difficile ».



Les plus beaux moments vécus ? Régis : « quand vous sentez qu’un enfant vous donne sa confiance, c’est très très fort ». Isabelle : « l’accompagnement à l’adoption d’un enfant que j’ai eu à 1 an et demi, et qui a été adopté à 4 ans. Cela a été une belle réussite. Et puis aussi l’accueil d’un petit bout de chou d’1 mois et demi ».



Pascal Papé, « Double Jeu » ou l’itinéraire d’un enfant en lutte contre ses angoisses



C’est l’histoire d’un mec, un vrai, une montagne de muscles rompue aux plus farouches affrontements rugbystiques, un colosse que rien ne détruit. Il appartient à la confrérie des taiseux, comme on appelle fréquemment les avants, ceux qui ne parlent jamais pour ne rien dire, et dont les rares paroles sont toujours empreintes de sagesse et d’humanité. Et pourtant, ce roc de pierre comportait des fissures si profondes qu’un jour il a explosé en plein vol. Une double déflagration qui l’a amené au bord du néant. Pour se reconstruire, il lui a fallu parler, à ses proches, à sa psy, et écrire un livre qui, outre sa fonction de thérapie pour l’auteur, est un bouleversant témoignage de la vie d’un enfant « placé ».



Pascal Papé est retiré très jeune, à 7 mois, à une mère accro à l’alcool et aux drogues et qui se prostituait pour survivre. Une mesure de protection pour qu’il ne finisse pas comme son demi-frère défenestré par un amant de passage de sa mère. Il est confié à une famille d’accueil, aimante et bienveillante, qui finira par l’adopter à sa majorité. Pascal devient Papé. Il y a aussi la découverte du rugby, ce milieu où la virilité et la fraternité se conjuguent dans une parfaite harmonie. Mais la formidable carrière qui le mènera au capitanat de l’équipe de France de rugby ne peut effacer les terribles tourments de sa jeunesse, cette peur incontrôlable d’être obligé de quitter sa nouvelle famille pour retourner vivre dans l’enfer. Toutes ces nuits à ne pas dormir, ces heures passées à essayer vainement de penser à autre chose, de se vider le cerveau. Ce mal ronge de l’intérieur et, lorsqu’on le croit oublié, même des années après, il resurgit plus violemment encore, et détruit tout. Il ne reste que l’envie du sommeil éternel comme seul remède.



Alors, il faut tout reprendre à zéro, revenir à l’essentiel de la vie, et rebâtir une identité qui prenne en compte les souffrances au lieu de les masquer. Pascal Papé a emprunté ce douloureux chemin. Il n’est pas le porte-parole des enfants en souffrance, il est un parmi eux, et son histoire éclaire leur parcours, parfois difficile.


Twitshot
Commentaires

Pas de commentaire


Petites annonces


Les journaux partenaires

© 2013-2019 Hebdo 01 - Pays de Gex - Bellegarde • Tous droits réservés • Réalisation : Jordel Médias
Plan du siteMentions légales