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Économie des entreprises : le CIP à la rescousse


Chaque 1er et 3ème jeudi de chaque mois, à la Chambre de commerce et d’industrie de l’Ain, des experts bénévoles reçoivent des chefs d’entreprise venus de tout le département.

Économie



L’idée ? Leur permettre d’être reçus de manière confidentielle, anonyme et gratuite par un trio d’experts : expert-comptable, commissaire aux comptes, avocat, ou ancien juge du tribunal de commerce.



Leur objectif ? Répondre aux interrogations des chefs d’entreprise lorsqu’ils traversent des difficultés.



Leurs outils ? Une écoute sans contrainte, une vision globale et une hiérarchisation des problèmes, l’aide au dépassement de la peur du tribunal, l’orientation vers des structures et des organismes locaux (juridiques, financiers et sociaux) et l’encouragement à faire face à la situation.



Un accompagnement à la fois psychologique et expert que mène le président de l’antenne départementale, Raymond Perrin, ancien juge commissaire au tribunal de commerce.



Interview.



Qui fait appel au CIP ?



Plutôt des TPE, des petites entreprises, des artisans, des commerçants mais aussi des professions libérales… Des personnes qui n’ont pas forcément de conseils attitrés dans leur entreprise ou à l’extérieur, et qui se retrouvent en difficulté à un moment ou un autre, la plupart du temps par rapport à la trésorerie ou d’autres éléments qui font qu’ils n’arrivent plus à honorer leurs dettes sociales, fiscales… Lorsqu’ils ne savent pas comment faire pour aller plus loin, sans vouloir passer par le tribunal de commerce.



Le problème peut aussi être un chiffre d’affaires qu’on a mal évalué, un manque de prévisionnel, ou un prévisionnel pas suivi. Le vrai problème de nombreux commerçants, artisans ou patrons de petites entreprises qui viennent nous voir, c’est qu’ils sont souvent très bons dans leur métier mais qu’ils n’ont pas le temps de faire l’autre métier, celui de chef d’entreprise.



Comment se déroule un rendez-vous au CIP ?



Nous sommes deux groupes de trois experts bénévoles : un avocat, un expert-comptable et un ancien juge. Chaque 1er et 3e jeudi du mois, à la Chambre de commerce de Bourg-en-Bresse, nous recevons gratuitement les chefs d’entreprise en difficulté pour un entretien confidentiel.



L’objectif, c’est de donner les meilleures informations pour qu’ils trouvent une voie pour s’en sortir. S’il est encore temps, car bien souvent et c’est le gros problème de ceux qui ont des difficultés, c’est que l’on traine toujours en espérant que le lendemain ça sera mieux, mais on s’approche du redressement judiciaire ou de la liquidation.



Et le tribunal a toujours une image négative, pourtant il faut y aller, c’est la solution, sinon les quelques économies qu’il reste seront prises elles aussi… C’est notre rôle de leur expliquer qu’ils y trouveront peut-être une solution à l’amiable comme le mandat ad hoc, ou un redressement judiciaire qui donne la possibilité de repartir. Le mot redressement ne veut pas dire faillite.



On leur explique le tribunal, donc, on leur donne des numéros nécessaires, on les aide dans leurs démarches parfois même en téléphonant pour eux, on leur donne des éléments oraux, on discute avec eux de la lecture des comptes qu’on leur demande d’amener pour connaître précisément la situation et on essaie de résoudre, en premier lieu, les problèmes urgents. En général, ils repartent plus rassurés ou tout du moins confortés par ces informations, par nos indications fortes de changements, nos conseils personnalisés. Nous sommes évidemment très discrets.



"Il faut combattre les sentiments de culpabilité et de crainte du tribunal"



Comment est né le CIP de l’Ain ?



Le CIP existe depuis 1999 au niveau national. Mais chaque CIP est indépendant, même dans sa gestion. Après avoir été 15 ans juge au tribunal de commerce, j’ai été voir le fonctionnement du CIP du Vaucluse. Le CIP de l’Ain a été créé en 2010 et a pour membres fondateurs la chambre de commerce, la chambre des métiers, des avocats, des experts-comptables, des commissaires au compte… Nous avons aussi des membres associés : les syndicats professionnels, le MEDEF, les organismes de BTP, deux banques…



Après un départ équilibré, la tendance à venir nous voir a nettement baissé. Nous ne sommes pas rattachés à un système de droit commun, pas rattachés à un tribunal, nous sommes plus ou moins dans un stade caché. Peut-être faudrait-il considérer le CIP comme un préambule amiable avant la venue au tribunal.



Quelles sont les spécificités entrepreneuriales du département ?



Il n’y en a pas forcément. Mis à part la sous-traitance peut-être. Les grosses entreprises sont dépendantes de l’économie d’un département. Il est certain que si vous travaillez pour une des grosses entreprises de l’Ain et que le contrat s’arrête alors qu’il représente 50 % du chiffre d’affaires, ça se complique.



Il y a une grande variété d’économies dans l’Ain, de l’agroalimentaire à la plasturgie en passant par les TPE. C’est un département actif, avec un taux de chômage parmi les plus bas.



Quels conseils donneriez-vous au préalable, à tout chef d’entreprise ?



Évidemment, si tout va bien, pourquoi venir nous présenter vos comptes et votre activité ? Mais, il est mieux de venir dès qu’il y a des petits soucis, sans attendre des grosses difficultés. Dès que l’on ressent une petite baisse d’activité, une perte de clients, un marché qui diminue suite à un commerce qui se monte près du vôtre… Dans ces cas, c’est mieux d’anticiper en venant nous voir. On fait du conseil en entreprise, on peut aussi donner des idées, proposer, par exemple, d’élargir l’activité.



On a toujours du mal à mettre sur la table ses comptes et les vérités sur les difficultés que l’on a. Les gens sont souvent en famille ou ont mis de l’argent dans l’entreprise. Il faut combattre les sentiments de culpabilité et de crainte du tribunal. Nous sommes prêts à s’occuper d’eux, on souhaite leur simplifier la vie mais il faut les faire venir… Certains arrivent en pleurs et ne repartent pas forcément avec le sourire.



Aujourd’hui, on crée des SCI, des SARL, on devient entrepreneurs, auto-entrepreneurs… Ce n’est pas drôle mais il faudrait aussi leur parler des difficultés, leur demander ce qu’ils ont prévu en cas de problèmes de trésorerie. Bien souvent, ils se lancent sans trésorerie et font des emprunts, puis, il faut rembourser la banque, qui ne fait pas de cadeaux. Il faut anticiper. Dès qu’ils se renseignent sur les études de marchés aux chambres de métiers ou de commerce, il faudrait leur parler des possibles pépins. Ce n’est pas marrant de parler de ça alors qu’on s’y rend pour monter son entreprise et gagner de l’argent, mais il faut en parler et je pense qu’il y a un manque d’informations en ce sens. Il faut faire prendre conscience aux gens qu’il peut y avoir des difficultés.


Un Président aux diverses casquettes

Lundi 24 septembre dernier, le Conseil départemental accueillait un nouveau conseiller départemental. Raymond Perrin, suppléant de Bernard Perret, rejoignait l’Assemblée départementale pour le canton de Bourg-en-Bresse. Ce dernier ayant démissionné pour prendre les rênes de la Semcoda.

Chef d’entreprise pendant 25 ans, président national de sa branche professionnelle, juge commissaire au tribunal de commerce pendant 15 ans, Président du Parc d’activités des Arbelles à Bourg (45 entreprises/650 salariés), et engagé dans la vie civile et associative du territoire, dont la présidence du tournoi international de tennis « Bourg tennis pays de l’Ain », Raymond Perrin a plusieurs cordes à son arc. Il en ajoute une en 2010, lorsqu’il crée le Centre d’information et de prévention des difficultés des entreprises (CIP) de l’Ain.


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