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Les Sous des Écoles Laïques ont l’âge de l’École publique


Bien peu de parents qui s’investissent dans un Sou des Écoles en début d’année scolaire savent qu’ils s’inscrivent dans une histoire vieille de plus de 150 ans, l’âge de la Ligue de l’Enseignement. Ils deviennent acteurs dans « la plus belle » des associations locales. Souvent, ce premier pas dans l’engagement associatif est pour eux un apprentissage accéléré de la citoyenneté.

Les lois scolaires qui ont créé l’école publique datent de 1881 et 1882. Elles ont été précédées par un mouvement national, la Ligue de l’Enseignement, créé en 1866 par des citoyens républicains, Jean Macé pour le plus connu d’entre eux, désirant ardemment que l’État instaure enfin un grand service national de l’éducation. Dès sa naissance, la Ligue de l’Enseignement multiplie les initiatives et, parmi elles, une campagne citoyenne lancée en 1871 et nommée le « Sou contre l’ignorance ». Les citoyens étaient invités par voie de pétition à réclamer l’instruction obligatoire, gratuite, laïque et à appuyer leur signature par le versement « d’un sou pour l’école ». En 15 mois, près de 1,5 millions de signatures sont collectées. À la suite de la création de « l'enseignement primaire gratuit, laïque et obligatoire », de nombreuses œuvres dites complémentaires de l’école voient le jour. Parmi elles, les caisses des écoles, devant favoriser la scolarisation des enfants indigents, souvent obligés de travailler très jeunes, et les sociétés des Sous des écoles, apportant leur concours à l’amélioration de l’enseignement. On disait société car la loi sur les associations n’avait pas encore été votée.



Dans l’Ain, les caisses des écoles ont connu un développement restreint et se sont surtout implantées en milieu urbain, car leur financement était communal. Par contre, les Sous des Ecoles ont très vite fleuri dans tous les territoires du département. Dans la région, plusieurs départements ont également de nombreux Sous des écoles, mais aucun n’a un réseau associatif d’une telle densité. Et dans beaucoup de régions françaises, les Sous des écoles ont complètement disparu, y compris dans la mémoire collective.



Une association si belle et si fragile



Dans l’Ain, en 1911, les Sous des Écoles décident de créer la Fédération départementale des œuvres laïques (F.O.L.), échelon intermédiaire entre eux et la Ligue de l’enseignement. Plus de 100 ans ont passé et les Sous des Ecoles perdurent aujourd’hui dans pratiquement toutes les communes du département ayant une école publique. Cette constance s’appuie sur l’objet même de l’association, l’aide au financement des projets des enseignants, qui la rend si attachante et si indispensable.



Pourtant, cette pérennité est extrêmement fragile puisqu’elle repose sur l’engagement bénévole des parents en nombre suffisant. Chaque année, c’est la « chasse aux bénévoles » et quelques Sous sont obligés de se mettre en sommeil le temps qu’une équipe motivée et dynamique reprenne le manche. Beaucoup de familles imaginent que les actions du Sou sont un dû et renâclent à cotiser, même pour un montant minime, et à apporter leur aide bénévole lors des manifestations. Nombre de responsables de Sous mettent en avant, en priorité, le développement du mieux vivre ensemble grâce à leur association. À ce titre, les Sous des Ecoles Laïques sont un excellent baromètre de l’état de la vie associative du pays.



À l’école ne rentre pas qui veut !



L’école est un milieu fermé dans lequel ne peuvent pénétrer que les personnes dont le statut professionnel l’autorise, ou qui ont été agréés à cet effet. Concernant les associations, c’est le même principe qui s’applique. Le code de l’Education, qui regroupe toutes les dispositions légales et règlementaires concernant le champ de l’éducation dit, dans l’article D551-6 : « les associations agréées peuvent intervenir pendant le temps scolaire en appui aux activités d’enseignement, sans toutefois se substituer à elles ». En droit français, l’association qui finance une activité durant le temps scolaire est considérée comme intervenante durant ce temps.



Pour se faire agréer, l’association a deux solutions : en faire la demande auprès du rectorat, démarche quasi inusitée, ou appartenir à une fédération d’associations agréée nationalement et qui étend son agrément à ses associations locales. La liste de ces fédérations est relativement longue et couvre de nombreux champs, principalement ceux de l’éducation, de la santé, de la culture, de la solidarité, de la prévention, etc… Les éducateurs des clubs sportifs, dont la fédération a signé une convention avec le Ministère de l’éducation nationale, sont également agréés. Le simple statut de parent ou d’association de parents ne suffit donc pas en principe à autoriser l’accès direct ou indirect à l’école publique.



Sous des villes et Sous des champs



L’observation de la vie des Sous fait apparaître une nette différence entre les Sous en milieu urbain et les Sous en milieu rural. La vie du Sou de la petite école de campagne repose sur un nombre restreint de familles. Il est dès lors plus difficile de « se cacher » et d’éviter ainsi de s’engager. Cela ne veut pas dire pour autant que ce Sou n’est pas confronté régulièrement au manque de bénévoles. À Drom comme à Certines ou à Péronnas, les responsables soulignent la nécessité d’œuvrer en équipe, et regrettent la lourdeur de l’administratif, ce mal français. Dans les communes de plus grande importance, un autre paramètre ajoute sa propre problématique : comment associer des parents de plusieurs écoles ?



À Bourg-en-Bresse, le Sou a disparu des radars et il ne reste que sa section USEP. Des associations de parents ont été créées dans certaines écoles. À Ambérieu, idem. À Oyonnax et à Bellegarde-sur-Valserine, le Sou a gardé une belle vitalité. Le Sou oyonnaxien est constitué de plusieurs sections notamment sportives et scolaires, comme une amicale laïque, et s’attache à conserver son esprit originel d’engagement citoyen et d’éducation permanente. À Bellegarde, le Sou est une « grosse machine » bien huilée qui apporte son soutien aux différentes écoles de la ville, tout en conservant une unité indispensable. À Belley, la rentrée 2017 a été difficile du fait d’une différence d’engagement et de fonctionnement d’une école à l’autre. Le Sou a failli exploser. Grâce à l’aide de la F.O.L., le Sou a changé ses statuts pour mettre en place une section par école et un bureau central chargé de la coordination. Les changements semblent donner satisfaction à l’ensemble des parties prenantes.


Le Sou des écoles laïques de Bellegarde garde le cap

Avec 900 familles qui représentent 1 400 élèves répartis en 6 écoles publiques, « tout prend des proportions énormes », comme le dit Jean-Luc Matoux, le président du Sou des écoles laïques. Malheureusement, une vingtaine de ces familles seulement se montre active lorsqu’il s’agit de s’impliquer dans la vie de l’association, dans les 3 commissions existantes. Ailleurs, ce nombre serait une force, à Bellegarde il représente une certaine faiblesse vu le nombre et la complexité des actions menées par le Sou. Alors la vitalité des membres actifs compense largement la faiblesse des absents. De nouveaux membres sont venus cette année renforcer l’équipe en place et ne sont pas de trop, par exemple, pour confectionner 23 000 sablés vendus lors de la période de Noël. Les stands de gâteaux au marché connaissent ainsi un franc succès et la grande fête des écoles, traditionnellement organisée en juin, ne sera pas reconduite. En cause, une organisation flirtant avec les limites des possibilités des bénévoles pour un résultat financier peu en rapport avec les efforts fournis. Par contre, le loto absent ces dernières années sera organisé le 3 mars. Le Sou génère un budget annuel de plus de 50 000 euros, financé par tiers par les cotisations, les subventions municipales et les bénéfices des manifestations organisées. Pour 11€ de cotisation demandés à chaque famille, le Sou dépense en moyenne 30€ par enfant et par an. Un retour très positif sur investissement !


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