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Une nouvelle dynamique pour la filière bois


La filière bois regroupe tous les acteurs qui cultivent, coupent, transforment, recyclent le bois depuis la forêt jusqu’aux clients potentiels. Des métiers presque aussi vieux que l’humanité. C’est un secteur économique important pour le département. Il est soutenu, depuis 2010, par le Conseil départemental par le biais de livres blancs qui impulsent une dynamique importante. Le second souffle viendra nécessairement des autres collectivités territoriales et du grand public.

L’Ain souhaite valoriser ses ressources forestières et les métiers du bois.



Le Conseil départemental a voté récemment le 3ème livre blanc pour la filière forêt bois de l’Ain, pour la période 2017 – 2020. Travaillé à partir du bilan des deux précédentes éditions, celui-ci se veut plus ambitieux avec un resserrement des axes et des actions, mais avec un élargissement des acteurs concernés, notamment dans la branche avale de l’activité. La directrice de la Fédération Interprofessionnelle du Bois de l’Ain (FIB 01), Valérie Chevallon, se réjouit de cette volonté affirmée qui n’est pas présente partout sur le territoire national. Le soutien départemental se décline selon trois axes : accroître le potentiel forestier de l’Ain, contribuer au développement d’une filière bois-énergie locale, et investir pour développer les entreprises et l’utilisation du bois de l’Ain.



Le premier objectif permettra de réduire une faiblesse récurrente du département qui concernait le reboisement, notamment des parcelles privées, par des aides à la replantation et un accompagnement des propriétaires. Le but est d’exploiter la forêt d’aujourd’hui, tout en construisant celle de demain. La préservation de la biodiversité sera privilégiée.



Le bois-énergie est en plein essor. Le pilotage des actions concernant ce secteur d’activité a été confié à l’Agence Locale Energie Climat 01 (ALEC01), ex-Hélianthe pour les initiés. Il est d’une importance stratégique puisqu’il permet de recycler les "résidus" produits par la transformation du bois. Il faut donc développer localement les équipements d’exploitation et de transformation du bois-énergie, et les structurer ensuite, pour répondre à l’accroissement de cette nouvelle ressource énergétique.



Changer des mentalités et modifier des idées reçues



L’objectif visant à promouvoir le bois comme matériau d’avenir, dévoile une ambition que les actions retenues ne pourront, à elles seules, satisfaire. Des aides sont prévues pour les investissements des exploitants forestiers ainsi que pour les entreprises de la première et de la deuxième transformation. Mais le nœud du problème réside bien dans le développement de la construction bois. Ce secteur est actuellement le plus gros pourvoyeur d’emplois et, à ce titre, doit être privilégié au sein de la filière. Le conseil départemental souhaite recevoir l’appui des collectivités territoriales en les sensibilisant à la construction en bois local.



L’objectif est double : dynamiser la filière par la réalisation de bâtiments publics, 1 000 m3 de bois mis en œuvre équivalent à 21 emplois annuels, et enclencher un effet d’entraînement auprès du grand public. Celui-ci se montre encore frileux, peut-être sensible à des idées fausses, concernant notamment la sécurité. Il confond aussi trop souvent bardage extérieur et gros œuvre, le premier ne représentant que 10% du volume du bois utilisé pour la réalisation d’une maison en bois.



Valerie-Chevallon-devant-le-siege-de-la-FIB01



La valorisation du bois local devient une priorité, comme le souligne Valérie Chevallon, « il convient de développer le principe des circuits courts, comme pour l’agroalimentaire, et l’origine du bois est un élément qui peut être désormais pris en compte dans les appels d’offre ».



Enfin, concernant les fabricants de meubles en bois, la mode actuelle des kits à monter soi-même ne leur permet pas d’entrevoir un avenir meilleur. L’activité du secteur est en baisse. Le meilleur échappatoire reste la qualité. Mais pour combien de temps ?



Ce qu’en pensent les acteurs de terrain



Stéphane Lyaudet, scierie à Cormaranche en Bugey : « il faut savoir s’adapter aux évolutions »



Stephane-Lyaudet-scierie-cormaranche-en-bugey



Avec 12 salariés et un CA de plus de 2,3 millions d’euros, la scierie Lyaudet est un établissement de taille moyenne dans le contexte régional. C’est une entreprise familiale. Stéphane a succédé à son père et a dû faire face à une évolution rapide de la profession. « La charpente traditionnelle n’existe plus. Maintenant, on est dans le bois technique dit reconstitué. Les grumes locales ne correspondent plus forcément à nos besoins qui ont changé. Les futaies sont irrégulières car difficilement mécanisables. Les marchés nous ont imposé la standardisation des produits, y a du bon et du mauvais. Ici, nous sommes positionnés principalement sur le bois d’emballage, le bois de coffrage, la charpente, le séchage et le rabotage. Nos clients ont accepté la nécessaire réactualisation de nos tarifs, on reste dans les prix du marché. L’avenir s’avère de plus en plus compliqué. Ça passera par la réalisation d’investissements, c’est un mal nécessaire, et la diversification. Et le recrutement reste difficile. »



Daniel Zarlenga, PDG de Girod Moretti à Géovreissiat : « le public doit croire en nos entreprises et en notre technicité »



Daniel-Zarlenga-et-son-equipe-devant-leur-derniere-realisation



Autrefois fabrique (et pose) de charpente, l’entreprise Girod Moretti a évolué vers la construction de maisons en bois. Son PDG est donc forcément bien placé pour analyser la situation de cette nouvelle branche d’activités. « Au départ, on était charpentier. On s’est orienté vers la construction des maisons en bois. Sur ce créneau, on développe beaucoup de savoir-faire, car on est obligé de maîtriser plusieurs métiers. Notre équipe est soudée. On est doté d’un bureau d’études. En plus, on assure la coordination des autres entreprises. Elles sont toutes locales, et le bois également. C’est important pour l’économie du département. La France est globalement en retard comparativement aux autres pays européens, et l’Ain est à la traîne par rapport aux autres départements de la région. Les gens de l’Ain sont encore attachés à un habitat traditionnel. Pourtant, ils devraient croire davantage aux entreprises du département, à leur technicité, et au concept des maisons en bois. Faut oser.»



Éric Servignat, fabricant de meubles à Viriat : « les gens n’ont plus le réflexe d’aller chez un artisan »



Eric-Servignat-devant-une-cuisine-en-cours-de-finition



Rendre visite à Éric Servignat, c’est comme faire un bond dans le passé, dans son atelier "à l’ancienne". Mais il n’aime pas le terme qui, pour lui, peut faire fuir les gens. « Je suis bien équipé, avec des belles machines, mais aucune à commande numérique. Une cuisine, je la fais de A à Z, tout en bois, sauf le plan de travail.» Celle en cours de finition dans l’atelier est effectivement superbe, moderne et fonctionnelle. « Dans la construction d’une maison, on passe en dernier. Les meubles, c’est s’il reste des sous. Et puis, les jeunes préfèrent avoir une piscine que de beaux meubles. Y a 30 ans, je faisais du bressan, du Louis XV. C’est fini cette époque. Alors, je fais de l’agencement en plus de la construction de meubles. Agencer, parfois c’est un défi, comme réaliser un beau meuble. J’ai loupé le coche il y a quelques années. J’aurais dû construire un atelier au bord d’une grande route avec de grands panneaux publicitaires.» C’est vrai qu’il est difficile à localiser dans un coin retiré de Viriat. Et pourtant Éric Servignat est content de nous signaler qu’il a réalisé trois cuisines pour des clients de Paris et de Lyon. « Ils m’ont trouvé sur internet. » Comme quoi, la qualité reste souvent la meilleure publicité.



Les chiffres clés de la filière bois dans l’Ain



- Avec 200 000 hectares, la forêt représente 30% de la surface du département. Elle est principalement concentrée sur la partie est du département. Elle se décompose en forêts domaniales pour 3 200 ha, en forêts départementales et communales pour 61 000 ha soit 30%. Le reste, 132 000 ha, est la forêt privée appartenant à 58 650 propriétaires (moyenne de propriété forestière : 1,7 ha). Au niveau des essences : 78% de feuillus (chênes 39%, hêtres 12%, autres 27%) et 22% de résineux (sapins et épicéas 16%, autres résineux 6%).



- La filière bois regroupe 1 300 entreprises qui génèrent 5 000 emplois directs. Au niveau français, la filière bois, avec 550 000 emplois pour 100 000 entreprises, représente davantage d’emplois que le secteur de l’automobile.



- L’exploitation forestière ne cesse de progresser avec 415 000 m3 récoltés dans l’Ain (+18% en 1 an), soit le 4ème rang régional (sur 12 départements).



- La première transformation du bois concerne les scieries. Elles sont une trentaine dans le département et produisent 315 000 m3 de bois sciés, soit 18% du total de la région Auvergne Rhône-Alpes, ce qui classe l’Ain au 2ème rang régional. Trois entreprises importantes produisent 80% de ce volume.



- Pour la deuxième transformation, 150 entreprises sont comptabilisées pour le secteur de la fabrication de meubles, parquets, charpentes, et 565 pour celui de la charpente et de la menuiserie pour le bâtiment. Le bois d’emballage (palettes, tonneaux, cagettes, …) représente 30% du volume de sciage. Dans l’Ain, 10% des constructions nouvelles se font en bois, soit moitié moins que la statistique régionale.



- L’Ain compte plus de 120 chaufferies bois collectives. La consommation totale des chaufferies bois s’élève à près de 63 000 tonnes.



- L’offre de formation pour les métiers du bois est quasi complète dans le département. 400 élèves fréquentent les différents centres de formation qui offrent une palette de formations allant du CAP au diplôme d’ingénieur. FIB01 organisera à la rentrée 2017 une formation à destination des « forestiers », formation qui faisait défaut jusqu’à présent.



À Cormaranche en Bugey, deux centres de formation sont partenaires et complémentaires



Deux-instituts-de-formation-face-face



La commune du Bugey est un peu le cœur vivant de la filière bois du département. La Fédération Interprofessionnelle du Bois de l’Ain (FIB 01) a son siège depuis 2013 dans un nouveau bâtiment, forcément en bois, remarquable dans sa conception, sa réalisation et son implantation. Ce n’est pas pour rien qu’il a été nommé Visiobois. A quelques dizaines de mètres, deux séries de bâtiments se font face, depuis 25 ans maintenant.



MFR-et-ecole-technique-du-Bois



Ce sont deux centres de formation aux métiers du bois, sous statut associatif et sous contrat avec la Région Auvergne Rhône-Alpes : l’Ecole Technique du Bois et la Maison Familiale Rurale Métiers du Bois. Loin de se concurrencer, ils sont au contraire très complémentaires puisque l’un concerne ce que l’on appelle la 1ère transformation du bois (le sciage) et l’autre la deuxième transformation (charpente – menuiserie – couverture). Cette proximité permet un vrai partenariat. Ainsi, la MFR prend en charge la restauration et l’hébergement des jeunes de l’Ecole Technique du Bois, et cette dernière fournit le bois à la première. Les actions de promotion se font en commun, donnant efficacité et continuité à la logique de la filière. De plus, leurs enseignements reposent sur la même pédagogie de l’alternance. L’École technique du Bois accueille chaque année 30 à 35 jeunes et les prépare aux CAP conducteur ou mécanicien opérateurs de scierie, ainsi qu’à un Bac Pro technicien de scierie. La formation en atelier permet la réalisation de commandes pour des clients avec des équipements professionnels. La MFR couvre un champ plus large en aval, avec trois pôles distincts : la charpente, la menuiserie et la couverture. Pour chacun, les diplômes délivrés sont le CAP et le Bac Pro. Ce dispositif est complété par une formation ingénieur spécialité bois (Bac+5).



Au total, ce sont donc plus de 200 jeunes qui fréquentent la MFR et qui peuvent profiter, comme leurs collègues de l’Ecole Technique du Bois, d’un environnement de moyenne montagne de qualité.


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